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Santé

IMC 2026 : pourquoi cet indicateur fonctionne pour la population et échoue à l’échelle individuelle

L’Indice de Masse Corporelle a été conçu par le statisticien belge Adolphe Quetelet en 1832 — il ne s’appelait alors pas IMC mais “indice de Quetelet” — comme un instrument d’analyse démographique. Près de deux siècles plus tard, il reste l’outil de référence des grandes études épidémiologiques mondiales (OMS, Inserm, CDC) tout en faisant l’objet de critiques croissantes pour son usage en consultation individuelle.

Cet article a vocation pédagogique. Il ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un diététicien pour évaluer votre situation personnelle.

La formule de Quetelet et son interprétation par seuils

L’IMC est calculé en divisant le poids (en kilogrammes) par le carré de la taille (en mètres) :

IMC = poids (kg) / taille² (m)

Pour une personne de 70 kg mesurant 1,72 m : IMC = 70 / (1,72²) = 70 / 2,9584 = 23,66 kg/m².

La classification OMS, inchangée depuis 1995, distingue cinq zones :

Ces seuils ont été établis à partir de l’observation que la mortalité toutes causes confondues augmente significativement au-delà de 25 et explose au-delà de 30, selon des cohortes prospectives portant sur des millions de personnes principalement d’origine européenne.

Les limites individuelles de l’IMC

L’IMC ne distingue pas la masse grasse de la masse maigre (muscles, os, organes). Un sportif de haut niveau peut afficher un IMC de 28 (qualifié de “surpoids” par la classification OMS) tout en ayant une composition corporelle saine, voire idéale. Inversement, une personne sédentaire avec peu de masse musculaire peut avoir un IMC de 22 (normal) tout en présentant une accumulation excessive de graisse viscérale.

Une étude publiée dans The Lancet Diabetes & Endocrinology en 2024 a montré que chez les femmes ménopausées, l’IMC sous-estime la prévalence de l’obésité de 18 % par rapport à la mesure directe de la masse grasse par DEXA (absorptiométrie biénergétique à rayons X).

L’IMC est également inadapté aux populations suivantes :

L’IMC ajusté et les alternatives

Plusieurs indicateurs corrigent partiellement les limites de l’IMC :

Le rapport tour de taille / tour de hanches (RTH) est plus précis pour évaluer le risque cardiovasculaire. Seuils OMS : > 0,90 chez l’homme et > 0,85 chez la femme = risque accru.

Le tour de taille seul est l’indicateur le plus simple : > 94 cm chez l’homme et > 80 cm chez la femme = facteur de risque métabolique (HAS recommandations 2018).

Le pourcentage de masse grasse mesuré par bioimpédancemétrie (balance professionnelle) ou DEXA : normes 12-18 % chez l’homme adulte sain, 18-28 % chez la femme adulte saine.

L’IMC ajusté à la composition corporelle (Body Roundness Index, BRI) intègre la circonférence abdominale : il est en croissance d’usage en médecine préventive depuis 2020.

Cas pratique : femme de 35 ans, 165 cm, 68 kg

IMC standard : 68 / (1,65²) = 68 / 2,7225 = 24,98 kg/m² → corpulence normale en limite haute.

Si la même personne mesure 78 cm de tour de taille et 102 cm de tour de hanches : RTH : 78 / 102 = 0,76 → en dessous du seuil OMS pour la femme (0,85) Tour de taille : 78 cm → en dessous du seuil HAS (80 cm)

Conclusion : cette personne est métaboliquement saine selon les trois indicateurs. Son IMC à 24,98, proche du seuil de surpoids, n’est pas un signal d’alerte clinique.

L’évolution avec l’âge

Une augmentation de poids modérée avec l’âge n’est pas nécessairement pathologique. Plusieurs études (notamment l’étude française E3N portant sur 100 000 femmes suivies depuis 1990) montrent qu’un IMC de 25-27 chez les personnes âgées de plus de 65 ans est associé à une mortalité plus faible qu’un IMC strictement normal (18,5-25). C’est le phénomène dit “paradoxe de l’obésité gériatrique”.

À l’inverse, un IMC > 30 reste associé à un excès de mortalité à tout âge adulte, principalement par augmentation des risques cardiovasculaire, métabolique et cancérigène.

Pour accéder à la formule complète avec interprétation par tranche d’âge et sexe, il faut renseigner non seulement le poids et la taille, mais aussi l’âge et idéalement le tour de taille pour un calcul ajusté du risque cardiométabolique.

Sources

OMS, “Obésité et surpoids”, rapport mondial 2024 ; HAS, “Surpoids et obésité de l’adulte : prise en charge médicale de premier recours”, recommandations 2011 actualisées 2019 ; Inserm, étude E3N (1990-2024) suivi de cohorte 100 000 femmes ; The Lancet Diabetes & Endocrinology, “BMI underestimates obesity in postmenopausal women”, 2024 ; Quetelet A., “Sur l’homme et le développement de ses facultés”, 1835.

— Claire Dubois

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