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Grossesse

L’entretien prénatal précoce : le rendez-vous obligatoire que 38 % des femmes ne font toujours pas

L’entretien prénatal précoce, créé par la loi du 5 mars 2007 sur la protection de l’enfance et codifié à l’article L2122-1 du Code de la santé publique, est devenu obligatoire au début de la grossesse depuis le 1er janvier 2020 (LFSS 2020). Pourtant, selon le rapport de la Haute Autorité de Santé publié en 2024, 38 % des femmes enceintes ne réalisent toujours pas cet entretien, soit parce qu’elles l’ignorent, soit parce que leur professionnel de santé ne le leur a pas proposé activement.

Cet article a vocation informative et ne se substitue pas au suivi par un professionnel de santé compétent (sage-femme, gynécologue, médecin généraliste).

Distinction avec la première consultation prénatale

L’entretien prénatal précoce (EPP) est distinct de la première consultation prénatale obligatoire :

La première consultation prénatale, à effectuer avant la fin du 3ème mois, a un objectif principalement médical : confirmer la grossesse, dater le terme, prescrire les premiers examens biologiques obligatoires (sérologies toxoplasmose, rubéole, syphilis, VIH avec accord, glycosurie, protéinurie, hémoglobine, groupe sanguin).

L’entretien prénatal précoce, à effectuer avant la fin du 4ème mois, a un objectif d’information, d’orientation et de prévention psychosociale. Il dure obligatoirement au moins 45 minutes et peut s’étendre jusqu’à 1 heure. C’est un acte indépendant de la consultation médicale, pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie depuis 2020 (taux de remboursement majoré, hors parcours de soins coordonnés).

Qui peut réaliser l’entretien

L’EPP peut être réalisé par :

Le choix du professionnel est libre, sans nécessité de passer par le médecin traitant.

Les huit thèmes abordés systématiquement

Selon les recommandations HAS actualisées en 2024, l’entretien doit couvrir huit thèmes obligatoires :

  1. L’état de santé général de la femme, antécédents médicaux et obstétricaux, prises de traitement à risque, addictions éventuelles.
  2. La situation familiale et professionnelle, congé maternité prévu, mode de garde envisagé pour l’enfant, présence d’autres enfants à charge.
  3. L’état psychologique, dépistage de fragilités émotionnelles, antécédents psychiatriques, soutien familial perçu.
  4. Le projet de naissance, préférences pour le lieu d’accouchement (maternité de niveau I, II ou III selon le risque), mode d’accouchement souhaité.
  5. Le dépistage des situations de précarité, ressources financières, situation de logement, accès aux soins.
  6. Les comportements à risque, consommation de tabac, alcool, drogues, et information sur les effets pendant la grossesse.
  7. L’environnement familial, prévention des violences conjugales (l’EPP est un moment-clé pour dépister ce risque, qui augmente significativement pendant la grossesse).
  8. Les besoins d’information complémentaire, allaitement, douleur de l’accouchement, péridurale, etc.

L’orientation vers une “grossesse à risque” psychosocial

Si l’entretien révèle des facteurs de risque psychosociaux (précarité, isolement, violences, addictions, antécédents psychiatriques), la sage-femme peut orienter la femme vers un suivi renforcé prévu par la PMI ou par le service maternité de l’hôpital de référence. Ce suivi inclut généralement :

Cas pratique : Marion, 28 ans, deuxième grossesse à 11 SA

Marion a découvert sa grossesse à 6 semaines d’aménorrhée. Elle a sa première consultation prénatale chez son gynécologue à 8 SA pour les examens biologiques. Sa sage-femme lui propose l’EPP à 11 SA (11ème semaine d’aménorrhée), soit avant la fin du 3ème mois.

L’entretien de 50 minutes révèle qu’elle subit du stress important au travail (CDI dans la grande distribution, charges lourdes), que son conjoint a perdu son emploi récemment, et qu’elle se sent isolée géographiquement (commune rurale, hôpital à 35 km). La sage-femme oriente vers :

Ce suivi proactif permet d’anticiper les complications et de mobiliser les ressources avant que la situation ne devienne critique en fin de grossesse.

Et si l’EPP n’a pas été proposé ?

Une femme enceinte qui n’a pas eu d’EPP peut le demander à tout moment avant la fin du 4ème mois. Au-delà, l’acte n’est plus pris en charge spécifiquement par l’Assurance Maladie mais reste recommandé sous forme d’une consultation longue avec un professionnel formé.

Pour voir le calendrier complet des examens et entretiens du suivi de grossesse 2026, il faut tenir compte des sept consultations prénatales obligatoires, des trois échographies de référence (12 SA, 22 SA, 32 SA), et des éventuels examens complémentaires selon les facteurs de risque identifiés à l’EPP.

Sources

Loi du 5 mars 2007 sur la protection de l’enfance ; Code de la santé publique article L2122-1 ; LFSS 2020 portant remboursement à 100 % de l’EPP ; Haute Autorité de Santé, “Comment mieux informer les femmes enceintes : recommandations pour les professionnels de santé”, actualisation 2024 ; rapport HAS 2024 sur la couverture de l’EPP en France ; ministère des Solidarités et de la Santé, dossier “Mille premiers jours” 2021.

— Claire Dubois

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